
L'évènement musical de la semaine, c'est bien évidemment la reformation de NTM. Tout le monde semble se réjouir de ce come back. Je vais faire mon chieur de service en posant de nombreuses réserves à leur retour.
Est ce que cette reformation à un quelconque intérêt en 2008 ?
Si l'on prend uniquement l'aspect live, bien évidemment. Car peu de groupes de rap ont réussi à délivrer de si bonnes prestations scéniques. J'ai vu un paquet de concerts hip hop, et il est vrai qu' à part Assassin, peu de groupes de rap m'ont scotchés sur scène.
Mais voilà, il n'y a pas que ça. Quand NTM est arrivé dans mes oreilles, alors que j'étais ado, leur musique représentait une vrai alternative au top 50 de l'époque ("la varièt' nous prend la tête, que ces bâtards prennent leur retraite") et au système. Leur musique était très peu diffusée et ne s'adressait qu'à des passionnés et surement pas aux fashion victimes et autres moutons qui se laissent dicter leur gout par les médias.
De "authentik" à "Paris sous les bombes", le groupe à suivit une évolution artistique irréprochable. Evolution qui est naturellement accompagné d'un succès grandissant et amplement mérité. Tout aurait été parfait si l'histoire s'était arrêté là.
Mais le succès du single "la fièvre" va changer la donne. NTM, atteint désormais un nouveau statut, celui de gros gros vendeur et dispose enfin d'un single diffusable sur toutes les radios de d'jeunes, propageant sa musique à un public pas forcément habitué au rap. Les voilà maintenant encensés partout et passe en boucle en radio et sur M6. Leur maison de disque arrangera même un featuring avec Nas, servant ainsi de faire valoir, et histoire de booster les ventes française de ce dernier. NTM devint d'un coup sous le feux des projecteurs et attire désormais un public plus large et non plus uniquement les fans de rap.
Puis vint l'album "IV", qui malgré une poignée de morceaux énormes ("back dans les backs" et "IV my people" en tête) fait pâle figure face à un "Paris sous les bombes" qui représente le sommet du hip hop français. Attendez, ne me méprenez pas, ce disque est quand même très bon et si il avait été leur 1er album, je l'aurais sans doute perçu différemment, mais force est de reconnaitre qu'il est plusieurs niveaux en dessous du précédant. La faute à quelques morceaux faiblards ("je vise juste", "ma benz"), les choeurs très laids de "laisse pas trainer ton fils", à des beats moins fats, une production trop propre (et pourtant Kool Shen rappe sur "That's my People" "J'aime quand ça fait paw! / quand ça vient d'en bas / et puis quand c'est pas / peaufiné, léché / trop sophistiqué c'est pêché") et à un assagissement radical.
En mettant de l'eau dans leur vin, NTM va largement participé à la vulgarisation du rap français et mettre certaines de leurs convictions de côté. On les a ainsi vu dans les émissions les plus pourries du paf (type Fogiel), Joey Starr, celui être censé le plus hardcore du duo, a fait de la télé réalité, s'est pointé à la Star Ac', à sorti le morceau "gaz'l", que même Gynéco n'aurait pas osé chanter. Kool Shen, s'est fait un peu plus discret mais nous a pondu un titre avec un gros refrain r'n'b ("un ange dans le ciel"), copine avec Obispo, invite des stars du cinéma pour ces clips. De même, ils vont tout deux créer leur propre marque de fringues (2 High et Come 8) qui sont vendus à des prix exorbitants. On est loin ici, de culture underground, d'une musique écrite dans l'urgence et s'adressant aux laissés pour compte. En 1991, ils chantaient "l'argent pourri les gens, j'en ai le sentiment". Eh bien, pour citer Gab'1, "ce n'est plus un sentiment".
Alors vous comprendrez que l'annonce de leur reformation dans une émission aussi médiocre, devant un public de bobos et entouré d'amis comme Pascal Obistro et Clothilde Courrot ne me réjouisse pas tant que ça et me paraisse un peu pathétique. Il faut se faire une raison, NTM n'est plus se groupe rebel, en marge de la production musicale, mais bien un groupe show biz', copinant avec le gratin et qui délivre une musique pour le plus grand monde.
Bon, malgré mes réserves, NTM reste quand même un putain de groupe et peut être qu'ils nous résèrvent encore de bonnes choses. Mais quand même, ça aurait eu plus de gueule si ils avaient fait ça sur Nova, entourés d'artistes évoluant dans l'ombre.
Et pour finir, un petit message pour Kool Shen et Joey Starr :
Il est vrai que depuis "Paris sous les Bombes", peu de disques de rap français ont marqués les esprits et que la scène de l'époque était bien vivante et de qualité (je vous parlerai un autre jour de East, des X Men, des 2 Bal/2 Neg, La CLiqua, Ideal J, etc). Néanmoins, il subsiste encore aujourd'hui du très bon rap de rue, authentique et sans fioriture :
Casey - pas à vendre
Less du Neuf - cracher dans la soupe
Rocé - habitué




















Commentaires